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Fraude au virement : comment sécuriser votre chaîne de paiement

Fraude au virement : identifier et corriger les failles de votre processus

La fraude au virement représente aujourd’hui la menace la plus répandue pour les entreprises. Selon les données 2023, elle touche 49% des entreprises ciblées, avec des montants détournés pouvant atteindre plusieurs millions d’euros. Pour les Directeurs du contrôle interne, sécuriser la chaîne achat-comptabilité-trésorerie devient alors une priorité stratégique.

Contrairement aux idées reçues, la vulnérabilité ne se situe pas uniquement au moment du paiement : elle s’étend sur l’ensemble du processus de gestion des tiers et de validation des coordonnées bancaires.

 

Pourquoi la fraude au virement se développe-t-elle ?

L’explosion de ce type de fraude s’explique par la convergence de plusieurs facteurs qui en font une cible de choix pour les fraudeurs.

Une surface d’attaque étendue

La chaîne de paiement implique de multiples acteurs et systèmes. Un fournisseur crée son compte dans le référentiel tiers ; ses coordonnées bancaires transitent par les services achats, puis la comptabilité, avant d’arriver en trésorerie pour le règlement effectif.

Chaque interface, chaque intervenant, chaque système constitue un point d’entrée potentiel. La fraude peut survenir lors de la création initiale du tiers, lors d’une demande de modification d’IBAN, ou même par compromission directe d’un compte utilisateur.

Les collaborateurs disposant d’accès aux systèmes constituent également un vecteur de risque. Qu’il s’agisse de complicité volontaire (création de faux fournisseurs ou modification de coordonnées bancaires par exemple) ou de négligence exploitée par des tiers externes, cette vulnérabilité impose une vigilance particulière sur les habilitations et la séparation des tâches.

Des mécanismes de validation insuffisants

Dans de nombreuses organisations, la vérification des IBAN reste partielle. Le contrôle se limite souvent à une validation de format, sans vérification de la cohérence entre le bénéficiaire déclaré et le titulaire réel du compte.

Cette faiblesse devient critique lors des modifications de coordonnées, comme un email frauduleux qui imite un fournisseur légitime et demande un changement d’IBAN. Sans processus de validation renforcé, la modification est enregistrée et les paiements suivants sont détournés.

Durant toute la période où la modification n’est pas identifiée, les virements s’accumulent vers le compte frauduleux, amplifiant considérablement le préjudice, qui peut perdurer plusieurs mois le temps que le fournisseur légitime alerte sur les non paiements.

L’évolution des techniques frauduleuses

Les fraudeurs adaptent constamment leurs méthodes. L’intelligence artificielle permet par exemple de créer des emails et des documents d’une qualité trompeuse, et les deepfakes vocaux peuvent imiter la voix d’un dirigeant pour valider un paiement urgent.

Un cas révélateur : en février 2024, une entreprise a transféré 25,6 millions de dollars après une vidéoconférence avec ce qu’elle croyait être son directeur financier et d’autres employés. Tous étaient en réalité des clones générés par IA. Face à cette sophistication croissante, les contrôles traditionnels montrent leurs limites.

 

Comment identifier les vulnérabilités de votre processus ?

Avant de renforcer les contrôles, il faut cartographier précisément les failles existantes. Trois zones nécessitent une attention particulière.

La gestion du référentiel tiers

Le référentiel tiers constitue la pierre angulaire du dispositif. Sa fiabilité conditionne l’ensemble de la chaîne de paiement. Les questions clés à se poser :

  • Quelle est la réelle qualité de la base tiers ?
  • Qui peut créer un nouveau tiers dans le système ?
  • Existe-t-il une séparation des tâches entre création et validation ?
  • Les coordonnées bancaires font-elles l’objet d’une vérification indépendante ?
  • Les modifications de RIB déclenchent-elles une alerte automatique ?
  • Existe-t-il des contrôles qui alertent sur des comportements comptables inhabituels vis-à-vis d’un tiers ?

Une analyse exhaustive et approfondie du référentiel tiers et de son utilisation peut souvent révéler des anomalies préoccupantes : tiers avec plusieurs IBAN différents, comptes inactifs jamais purgés, doublons non détectés…

Le circuit de validation des modifications

La demande de modification d’IBAN représente un moment critique. Les fraudeurs l’ont bien compris et ciblent spécifiquement cette étape. Un processus robuste impose :

  • Une confirmation par un canal indépendant (appel téléphonique au fournisseur sur un numéro connu)
  • Une validation par plusieurs personnes distinctes
  • Une traçabilité complète des demandes et de leur traitement
  • Un délai de carence avant activation du nouveau RIB

Trop souvent, une simple demande par email suffit à déclencher la modification, ouvrant la porte aux usurpations d’identité.

Le contrôle des paiements multiples

L’analyse des pratiques de paiement révèle des schémas atypiques qui méritent investigation. Un même fournisseur réglé sur plusieurs IBAN différents signale une anomalie potentielle. De même, des paiements répétés vers un IBAN récemment créé ou modifié justifient une vérification approfondie. Ces signaux faibles, s’ils sont détectés suffisamment tôt, permettent d’interrompre la fraude avant qu’elle ne prenne de l’ampleur.

 

Quelle stratégie de protection mettre en œuvre ?

Face aux risques identifiés, une approche structurée s’impose en combinant contrôles préventifs, détection continue et capacité de réaction rapide.

Contrôler la base tiers active ou l’exhaustivité ?

La question revient fréquemment : faut-il contrôler l’ensemble du référentiel ou uniquement les créations et modifications récentes ?

La réponse dépend du niveau de risque accepté et des ressources disponibles. Le contrôle de la base active présente plusieurs avantages : il sécurise l’ensemble des tiers susceptibles de recevoir des paiements, détecte les anomalies historiques passées inaperçues et permet d’identifier les comptes bancaires clôturés ou invalides.

Cette approche exhaustive évite les refus de paiement et les frais interbancaires associés. Elle renforce également la dissuasion en montrant que tous les tiers sont scrutés : en rendant la fraude interne visible, elle devient dangereuse pour le potentiel fraudeur.

Un contrôle limité aux seules créations et modifications dans le référentiel est utile, mais insuffisant. Il créé par ailleurs une illusion de sécurité, qui peut paradoxalement augmenter le risque de fraude.

Automatiser la vérification des IBAN

Des solutions permettent aujourd’hui de vérifier automatiquement et en temps réel la validité et la cohérence des IBAN. Cette automatisation transforme un contrôle fastidieux en processus transparent : la vérification s’effectue instantanément lors de la saisie ou de toute modification, déclenchant une alerte immédiate en cas d’incohérence détectée. Cette automatisation garantit une traçabilité complète des contrôles effectués tout en réduisant drastiquement le risque d’erreur humaine.

L’intégration de ces contrôles directement dans le workflow de gestion des tiers élimine le risque d’oubli ou de contournement.

Détecter les comportements atypiques

Au-delà de la validation unitaire des IBAN, l’analyse globale des flux révèle des patterns suspects. Un tiers qui cumule un volume anormal de factures, des montants incohérents avec l’historique, ou des paiements vers des pays à risque méritent investigation.

Parmi les indicateurs à surveiller on peut noter par exemple les tiers créés récemment avec des paiements importants, les changements d’IBAN suivi de règlements inhabituels, les duplications de factures ou de virements, les écarts significatifs entre montants de commande et de facture, les natures d’achats inhabituelles, les avoirs récurrents…

Cette surveillance continue transforme le contrôle interne d’un exercice ponctuel en dispositif permanent de maîtrise des risques.

 

Comment structurer le dispositif de contrôle ?

La mise en œuvre d’un système de protection efficace nécessite une approche méthodique, articulée autour de trois piliers.

Premier pilier : la séparation des tâches

Le principe fondamental reste la séparation entre celui qui initie une opération et celui qui la valide. Appliqué à la gestion des tiers, cela signifie que le demandeur ne peut pas créer directement le tiers, que le créateur ne peut pas valider ses propres saisies, et que le validateur des RIB ne peut pas déclencher les paiements.

Cette ségrégation des fonctions limite drastiquement le risque de fraude interne en exigeant la collusion de plusieurs personnes.

Deuxième pilier : la vérification indépendante

Chaque modification sensible doit faire l’objet d’une confirmation par un canal distinct. Pour un changement de RIB, le processus type débute par la réception de la demande par email, suivie d’un appel téléphonique au fournisseur sur le numéro de référence enregistré. Pour les montants significatifs, une confirmation écrite via courrier recommandé renforce la sécurité. Enfin, la validation par deux personnes distinctes clôture le dispositif de vérification.

Cette redondance des contrôles, bien que plus lourde, garantit un niveau de sécurité optimal.

Troisième pilier : la traçabilité et l’analyse

Tous les contrôles effectués doivent être documentés et archivés. Cette traçabilité sert plusieurs objectifs complémentaires. Elle constitue d’abord une preuve de la diligence de l’organisation en cas de contrôle externe. Elle permet ensuite l’analyse a posteriori en cas de fraude avérée, facilitant l’identification des failles du processus. Enfin, elle nourrit l’amélioration continue du dispositif en capitalisant sur les enseignements tirés. L’exploitation de ces données via des outils d’analyse permet de détecter des tendances invisibles au niveau unitaire.

 

Fraude au virement : ce que les dirigeants doivent retenir

État de la menace

  • La fraude au virement est une menace opérationnelle active, pas un risque théorique
  • Les organisations insuffisamment protégées s’exposent à des pertes financières significatives et à des dommages réputationnels durables
  • Le risque zéro n’existe pas — l’objectif est de réduire l’exposition et d’accélérer la détection

Leviers de prévention

  • Automatiser les contrôles sur la chaîne de paiement pour limiter les angles morts et les erreurs humaines
  • Mettre en place une surveillance continue et exhaustive des tiers et des flux, en remplacement des vérifications ponctuelles limitées
  • Combiner séparation des tâches, vérifications automatisées et analyses comportementales
  • Libérer les équipes des contrôles “manuels” répétitifs pour recentrer leur expertise sur les situations à risque élevé identifiées par des alertes automatisées

A propos de l’auteur :
Jean-Marc Allouët, Fondateur et Président Sixthfin

Jean-Marc Allouët a tracé son itinéraire professionnel au sein de l’audit et du conseil. Dès ses premières années, il a nourri la vision novatrice de créer des solutions d’investigation comptable fusionnant les compétences mathématiques, informatiques et financières au profit des experts en comptabilité et de la supervision financière. Après plusieurs années au sein d’entreprises de renom telles que Arthur Andersen, Mazars, Cristalis et BDO, il rejoint le cabinet BM&A en 2018. C’est au sein de BM&A qu’il a lancé Sixthfin.

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Publié le 27.03.2026